Tu la regardes et toutes tes pensées se muent en un flux indeterminé, incessant ... C'est qu'elle est ambigüe, votre relation. Pourtant, vous vous complaisez à la vivre ainsi. Vous vous enfermez dans des rôles que d'autres jugeraient incongrus, pourtant, vous ne vous concevez pas ensemble autrement. Elle l'a dit : "C'est ainsi que je me vois", et vous n'avez eu d'autre réponse qu'un hochement de tête affirmatif. Tu as dodeliné de la tête avec gravité. Vous vous murez dans un personnage et cela vous comble de joie. Malsain, votre jeu à deux ? Bien évidemment que non.
Cela fait juste trois mois que vous vous connaissez. Deux que vous cohabitez ensemble. Tu as appris à connaître ses habitudes, son rituel du soir, ses lubies de fin de semaine. Et cette expression béate et évasive qui se dessine sur sa petite figure d'ange lors de vos nuits d'extase. Tu aimes la guetter après son retour du travail. Elle est secrétaire dans un cabinet d'avocat. Tu restes tapie dans l'ombre à ses pas feutrés, jusqu'à ce qu'elle fasse irruption dans votre chambre commune, où tu viens derrière son dos et l'encercle de tes bras, lovée contre elle, pour mieux sentir sa chaleur, et humer son parfum. Elle se déshabille à la hâte, ses habits s'amoncellent en un tas au pied du lit, elle s'y allonge et tu la rejoins en lui murmurant toute une litanie pour lui prouver à quel point elle est fascinante. Elle est là, allongée, totalement offerte et dépourvue d'artifices. Tu subodores les effluves de sa fragance qui t'énivrent merveilleusement.
Bientôt, vous ne ferez plus qu'un : Fusion de vos deux corps enlacés, et cette chaleur qui s'émane du sien et qui te rassure. Pour vous, faire l'amour équivaut à s'imprégner corps et âme dans une même substance, en ressentir l'abondance et l'onde de chaleur, se prendre la main pour une empathie sensorielle.
La dernière étoile dans le ciel n'est plus. La nuit noire s'estompa pour laisser place aux reflets blafards des rayons du soleil. Bientôt, tu revêtiras cette jupe en velours noir que tu avais portée le premier jour. "Elle te sied à merveille", avait-elle constaté ce jour-là, et t'avait gratifiée d'une bise légère.
Quelques heures encore, et vous redeviendrez aux yeux du monde de simples amies.
De simples amies ?
S'ils savaient ...
Et ils ne sauront jamais ce qui se trame derrière ces épais rideaux de feutre gris ...