Emmitouflée dans ces interminables cheveux blancs, elle se battait d'arrache pied contre le froid Canadien. Depuis le jour où elle avait choisi comme lieu d'exile cette misérable cabane de pêcheur, elle n'avait plus fait face à la réalité. En regardant fixement la flamme quasi inexistante dans la cheminée, elle attendait patiemment que l'inspiration parvienne. Elle ferma ses yeux engourdit par la fatigue mais aussi par l'âge pour trouver une once de concentration. Mais au contraire elle se sentit happé par un sommeil fatal.
Des bruits urbains la sortir de son immobilité, les klaxons des voitures, et surtout les cries d'un marchand ambulant qui cherchait désespérément à gagner l'attention d'un possible futur client. Quand elle pu enfin se focaliser sur ce qu'elle faisait, elle remarqua la tasse de café noir qu'elle tenait dans sa juvénile main droite. Devant elle, se tenait une jolie petite table ronde. Elle recueillit une légère brise glacée sur son visage mais elle fut vite réchauffée par le soleil qui égayait cette belle journée d'automne. Un peu perdue, elle se toucha la tête et pris conscience qu'un béret lui couvrait les cheveux. Elle l'enleva et sentit des boucles brunes lui caresser les épaules. Prise d'une envie folle de voir son reflet dans un miroir, elle se tourna dans tous les sens à sa recherche. Soudain elle se vit. Ses grands yeux verts reflétaient une douceur incroyable. Mais également une sorte de névrose que possèdent seulement les artistes incompris. Son regard quitta le miroir et s'attarda sur le carnet posé sur la minuscule table. Elle l'ouvrit et fut ébahi par son contenu. Une centaine de pages étaient noircit par différents croquis, portraits, paysages tous plus exceptionnels les un que les autres. Voulant se prouver que s'était bien d'elle qu'émanait se talent, elle s'empara du crayon. Puis examina les individus assis sur la terrasse de ce café parisien. Au moment où elle le vit, elle su que ce ne pouvait être que lui son modèle. Avec un sourire mutin, elle posa la mine carbonisée du crayon sur la feuille. Les traits fins et sensuels de cet homme se dessinèrent petit à petit. Mais lorsque celui-ci releva les yeux vers elle et la gratifia d'un sourire, elle ne pu se contrôler. Elle se leva, rassembla ses pauvres affaires et se mit à courir sans pouvoirs s'arrêter. Arrivée rue St Séverine, elle se colla contre le premier mur à sa porter pour reprendre sa respiration. Afin de calmer les pulsations désordonnées de son c½ur, elle ferma ses yeux...
Elle ne pouvait plus bouger. Ses bras étaient prisonniers d'une bâche blanche. Elle ne pouvait plus effectuer le moindre mouvement. Prise d'une terrible inquiétude, elle se traîna difficilement vers la porte transparente qui laisser apercevoir une femme blonde vêtue d'une longue blouse blanche. Elle l'appela. Mais la femme se contentait d'écrire sur un carnet. La prisonnière prise de court, tapa son front brusquement sur la porte. Une mèche rousse lui barra la vue mais elle ne fit pas attention trop occupée à examiner cette femme glaciale. Elle lut sur la petite broche « Dr Adler ». Sa silhouette malingre et son nez aquilin lui donnaient un air snob. L'indifférence que l'on pouvait lire dans ses yeux brins laisser la jeune fille de l'autre coté de la vitre complètement dépossédée. Cette dernière sentit une présence sur son dos. Hésitante, elle pivota la tête. Elle découvrit avec horreur des tentacules noirs jaillirent des trois murs matelassés. Elle se recroquevilla dans un coin de la pièce. Pour la première fois de sa vie une horrible sensation de solitude l'envahit. Au moment où les bras difformes s'emparèrent de son corps chétif, elle fixa la forme sclérosée de la supposer Adler. Un sentiment d'impuissance la gagna face au sourire exécrable qu'elle distinguait. Elle ferma les yeux...
Aveuglé par un flash, elle eut du mal à prendre ses repères dans l'espace. Elle se tenait au milieu d'une foule de gens complètement hystériques. Des journalistes s'agitaient avec leurs petits carnets à la main devant n'importe quel guignol qui errait sur ce tapis si privilégié.
Ils glorifiaient leurs goûts vestimentaires plus que douteux. Elle ne s'attarda pas sur eux. Des souvenirs surgissaient dans son esprit. Elle se rappela qu'elle n'avait pas mangé de la journée. Elle s'avança dans l'allé bordeaux. Mais son ventre crié famine. Elle entendit son prénom. Rien n'y faisait, elle avait trop faim pour mettre fin à sa démarche. Elle planta son regard sur un point dans l'horizon. Mit ses bras sur ses hanches et se rendit compte de leurs maigreurs. A l'instant où elle s'apprêtait à entamer la première marche d'une longue série elle perdit l'équilibre et ses hauts talons ne lui étant d'aucun secours, elle se sentit basculé. Un autre flash lui fit fermer les yeux...
En sursaut, elle ouvrit les yeux. Elle fut surprise par la chaleur étouffante qui régnait dans la pièce. Le feu dans la cheminée s'était rétabli. L'aridité de la pièce contrastée bien la température extérieure. Les carreaux de la vitre était gelée ; à un point qu'il était impossible pour quiconque de deviner se qui pouvait se passer dehors. Malgré tout elle sourit, heureuse d'être enfin parvenu à trouver le fil de toutes ses idées. Elle posa délicatement ses longs doigts sur les touches mécaniques. Et elle écrivit: Les éventuels péripéties du monde occidental. Les idées venaient à flots bercés par le son habituel de la machine à écrire en pleine action.